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Blog de la section PS Anzin

Les dessous d'une énorme escroquerie à l'immobilier

7 Mai 2009 , Rédigé par Pressoir.josé Publié dans #Information

La juge d'instruction marseillaise découvre que la société Apollonia aurait trafiqué les dossiers de ses clients

 

Apollonia, une société florissante, qui, en 2007, affichait un bénéfice net après impôts de 17 millions d'euros, reversés au Luxembourg, sur les comptes de la holding.

Photo Édouard Coulot

Grugés, endettés pour le restant de leurs jours, les clients d'Apollonia, une société aixoise de conseil financier, découvrent peu à peu l'étendue d'une fraude portant sur d'innombrables transactions immobilières représentant entre un et 1,6 milliard d'euros. À Lyon et Marseille, ces jours derniers, les tribunaux ont condamné sous astreinte les banques à remettre à ces victimes des "subprimes à la française", les dossiers qui les ont conduits à s'endetter dans des proportions inimaginables.

À l'image de ce médecin, qui avec 153 000€ de revenus, doit aujourd'hui faire face à des échéances annuelles de 5140 00€. Trois cent cinq couples se sont déjà constitués partie civile dans l'instruction que conduit, à Marseille, la juge Catherine Lévy. En leur vantant le statut de loueurs en meublés professionnels (LMP), les commerciaux d'Apollonia avaient convaincu ces médecins, pharmaciens, chercheurs… à investir dans des programmes de résidences hôtelières ou de vacances.

Ces professionnels aisés y voyaient le moyen d'une défiscalisation sans risques, ces opérations immobilières étant présentées comme neutres. Les loyers devaient couvrir, au centime près, la totalité des charges. Crédulité démesurée, goût du lucre… sur les centaines de personnes ayant adhéré à l'Association des victimes de loueurs en meublés professionnels (Asdevilmp), la moyenne de l'endettement est de 2 millions d'euros. Ces investisseurs qui se voyaient offrir, sans bourse délier, un patrimoine devant assurer un complément de retraite, ont massivement déposé plainte l'an dernier.

L'instruction semble révéler qu'Apollonia aurait présenté aux banques des dossiers ne reflétant pas la réalité de la situation financière des emprunteurs. En faisant signer en blanc des liasses de documents notamment des demandes de prêts, Apollonia proposait des produits clefs en mains, faisant valoir son réseau performant de notaires, cabinets d'avocats fiscalistes. Derrière la façade d'une société dynamique, récompensée par la presse économique pour ses résultats financiers exceptionnels, Apollonia semble avoir été une industrie du faux.

Interrogées, les secrétaires ont convenu avoir trafiqué les dossiers des particuliers avant leur transmission aux banques disséminées sur tout le territoire. "L'examen attentif des dossiers aurait dû conduire les banques à découvrir d'évidentes anomalies", estime Jacques Gobert, défenseur de l'association. Exemples : sur les relevés bancaires, les prélèvements pour d'autres emprunts immobiliers étaient transformés en prélèvements au profit du Trésor. Une même banque a accordé quatre crédits sans faire aucun rapprochement dans ses systèmes informatiques.

Victimes d'Apollonia, les banques ont saisi la juge d'instruction d'une demande de constitution de partie civile. L'association s'en étonne qui ne comprend pas comment tant de dossiers ont pu être acceptés sans un contrôle poussé, sans un seul appel passé aux emprunteurs. La division économique et financière de la Direction interrégionale de la police judiciaire a procédé, début avril, à une perquisition au sein de l'agence "Étang de Berre" du Crédit Mutuel, à Marignane, où un nombre important de dossiers d'Apollonia était traité.

Cette suractivité d'une agence modeste conduit les enquêteurs à s'interroger, tandis qu'au Crédit Mutuel, on estime logique l'activité de cette agence, géographiquement proche d'Apollonia. L'association dénonce le manque de vigilance des banques, soupçonnées d'avoir fermé les yeux. La justice pointe des anomalies. Plusieurs demandes de prêts émanant d'un emprunteur ont ainsi été traitées le même jour dans une même agence avec des renseignements différents sur l'emprunteur.

Claude Michel, président de l'Asdevilmp, parle de "banditisme bancaire" et, au sein de l'association, on espère que "certaines banques auront des comptes à rendre". Entre les escrocs présumés qui se retranchent derrière une "politique commerciale offensive", les banques aux yeux rivés sur leurs chiffres d'affaires et les investisseurs aveuglés par leur crédulité, la justice aura à doser finement les responsabilités.

Par Luc Leroux ( lleroux@laprovence-presse.fr )

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