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Blog de la section PS Anzin

Des djihadistes français au Mali

10 Mars 2013 , Rédigé par José Pressoir Publié dans #International- Europe

 

Des djihadistes français au Mali

      Jean-Yves Le Drian

Djamel le Grenoblois s'est rendu mardi aux militaires de l'opération Serval ; Ibrahim d'Aubervilliers vient d'être écroué. Qui sont ces islamistes qui combattent au Sahel?

Le premier djihadiste français arrêté les armes à la main dans le nord du Mali n'est pas un gamin écervelé mais un homme de 37 ans. Prénommé Djamel, il aurait rejoint la zone sahélienne en novembre dernier après avoir quitté la région grenobloise. Ce Franco-Algérien fait partie des cinq combattants islamistes qui se sont rendus, mardi 5 mars, à l'issue d'affrontements meurtriers dans le massif des Ifoghas. L'homme a été remis vendredi par les militaires français de l'opération Serval aux gendarmes maliens qui devaient le rapatrier sur Bamako avant sa probable expulsion, prochainement, vers la France. Selon Europe 1, Djamel, crâne rasé et longue barbe, a longtemps vécu du côté de Bonneville (Haute-Savoie) avant de s'installer à Grenoble où il lui a été délivré son dernier passeport. Né en décembre 1975 en Algérie, il aurait acquis la nationalité française en épousant une Française. On ignore pour l'heure si son départ avait été repéré par la DCRI.

"Ils passent soit par le Niger soit par l'Algérie"

Nul doute que les services de renseignements français vont désormais éplucher son CV, interroger son entourage, décortiquer son carnet d'adresses et pister d'éventuelles connexions téléphoniques et informatiques. Les militaires français ne croient pourtant pas à l'existence d'une filière djihadiste française à destination du Mali. Un "fantasme", selon l'entourage du ministre de la Défense.

Interrogé par le JDD en janvier lors de la sortie de son livre Les Sept Piliers de la déraison (JC Lattès), le juge antiterroriste Marc Trévidic dressait, lui, cet état des lieux : "Il y a déjà quatre informations ouvertes sur les filières maliennes. Elles concernent des jeunes souvent binationaux ou qui ont des liens avec l'Afrique noire. Ils passent soit par le Niger soit par l'Algérie. Mais beaucoup sont maliens, peuvent aller voir leur famille et n'ont donc pas besoin de visa…"

C'était le cas d'Ibrahim Aziz Ouattara, un Franco-Malien de 25 ans dont le grand-père réside à Bamako. Intercepté début novembre près de Mopti par les gendarmes maliens, cet enfant d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) n'était pas parvenu à rejoindre Tombouctou, alors aux mains des islamistes d'Aqmi et d'Ansar Dine. Expulsé cette semaine vers la France, il a été mis en examen vendredi pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et écroué en même temps qu'un Franco-Sénégalais de 21 ans, Khalifa Dramé. Ce dernier lui avait en effet prêté son passeport pour permettre à Ouattara d'échapper à son contrôle judiciaire pour gagner Bamako via le Portugal. Le jeune homme n'avait alors pas caché son intention de jouer les poissons-pilotes en vue de favoriser l'acheminement au Mali de candidats au djihad – une dizaine de Tunisiens, Algériens, Sénégalais et Français, dont Dramé – en provenance de l'Hexagone. Une position qu'il a de nouveau assumée ces derniers jours devant les policiers de la DCRI.

Djihadiste convaincu et désireux de fuir la France, "terre de mécréance", Ibrahim n'en était pas à son coup d'essai. Depuis 2007, il parcourt le monde musulman (Égypte, Soudan, Yémen) mais ne parvient pas à convaincre les caciques d'Al-Qaida qui l'éconduisent des zones tribales du Waziristan (Pakistan). Arrêté au Caire en novembre 2010, il est placé en détention provisoire après avoir été mis en examen avec une poignée d'autres extrémistes pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes". Parmi eux, un ancien boxeur a défrayé la chronique en octobre dernier pour avoir tabassé un photographe qui prenait des clichés de femmes voilées dans les rues de Paris. Dans ce dossier, il était également question d'assassiner Dalil Boubakeur, le "trop modéré" recteur de la Grande Mosquée de Paris…

Des jeunes de 20 ans qui veulent faire le djihad sans savoir où

Parce qu'il a tenté d'acquérir un faux permis de conduire, Cédric Lobo Ngoyi Bungenda, 27 ans, s'est fait pincer, lui, à Niamey (Niger), en août 2012, alors qu'il projetait de gagner en 4 x 4 le nord du Mali. Ce jeune homme, animateur scolaire de profession, appartenait en fait à un groupe plus ou moins structuré basé à L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) dont deux éléments, d'origine malienne, seraient eux parvenus à destination. Quatre autres complices, candidats au djihad malien ou à des actions de "sabotage" en France, ont été neutralisés en février dernier, dont deux ont été écroués. Les autres procédures en cours sont nettement plus floues. "Elles concernent des microgroupes de jeunes de 20 ans qui veulent aller faire le djihad mais sans trop savoir où : Afghanistan, Yémen, Somalie, Mali…", indique une source judiciaire. À l'image de ces quatre Français, dont une jeune femme, repérés et expulsés de Djibouti en mars 2012.

Le chiffre de 10 à 20 ressortissants français ou binationaux intégrés dans les katibas islamistes du Nord-Mali est parfois avancé. Mais impossible à recouper. La progression des troupes françaises et tchadiennes apportera peut-être des éléments de réponse notamment grâce au matériel abandonné par les combattants d'Aqmi dans leur déroute. Comme le rapporte Le Monde dans son édition du 8 mars, des ordinateurs, des disques durs et des clés USB ont été retrouvés par les soldats français, mais aussi des téléphones et leur puce portant la trace de numéros français…

Stéphane Joahny - Le Journal du Dimanche

dimanche 10 mars 2013

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