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Blog de la section PS Anzin

Le 1er mai, de la révolte d'ouvriers à l'instrumentalisation politique

30 Avril 2012 , Rédigé par José Pressoir Publié dans #Présidentielle 2012

Le 1er mai : de la révolte d'ouvriers à l'instrumentalisation politique

Par Stéphane Sirot
Historien, spécialiste des mouvements sociaux
Édité et parrainé par Hélène Decommer

LE PLUS. Certains qualifient la journée de "fête du travail", d'autres de "fête des travailleurs". L'origine du 1er mai ne valide pourtant aucune de ces appellations. Stéphane Sirot, historien spécialiste du syndicalisme, revient sur l'historique de cette date et sur l'usage qui en est fait aujourd'hui.

L'origine du 1er mai remonte à 1886, lorsque des ouvriers américains, tout particulièrement à Chicago, se sont mis en grève pour demander entre autres la réduction de leur temps de travail. L'initiative a dégénéré en affrontements et a coûté la vie à plusieurs ouvriers. Le mouvement ouvrier international a alors décidé en 1889 de faire du 1er mai une journée revendicative internationale, avec pour objets centraux la question du temps de travail et la journée de 8 heures. Le premier 1er mai célébré en tant que tel date de 1890.

 

Place de la Concorde à Paris, le 1er mai 1947. Discours de M. Thorez, sec. général du PCF (STF/AFP)

Place de la Concorde à Paris, le 1er mai 1947. Discours de M. Thorez, sec. général du PCF (STF/AFP)

 

Le mot "fête", un glissement sémantique


Avant la Seconde Guerre mondiale, le 1er mai est donc une grande journée de revendications , de grèves et de manifestations. Le mot "fête" n'y est pas associé, pour une raison très simple : ceux qui voulaient faire grève prenaient le risque de perdre leur place, puisqu'à l'époque il était encore possible de licencier quelqu'un pour ce motif. Il arrivait fréquemment que des salariés qui s'aventuraient à chômer le 1er mai ne retrouvent pas leur place à leur retour au travail. La grande vague de grèves du Front populaire doit d'ailleurs son déclenchement aux renvois d'ouvriers, les 2 et 3 mai 1936, parce qu'ils s'étaient mis en grève le 1er.

 

La première occurrence du mot "fête" accolé au 1er mai date de 1941, sous Pétain. Voilà pourquoi lorsqu'en 1947 il est décidé d'en faire  un jour férié, chômé et payé, le gouvernement prend soin  de ne pas lui attribuer le qualificatif de "fête".

 

Le 1er mai n'est donc pas "la fête du travail". Il n'a été désigné de cette manière qu'une seule fois : à l'époque du gouvernement de Vichy. Il me semble que si l'appellation est revenue, c'est majoritairement par manque de connaissance de l'histoire et parce que cette journée est devenue de plus en plus symbolique, associée aujourd'hui à l'idée d'une fête légale, comme il y en a d'autres dans notre calendrier.

 

La récupération politique du 1er mai


Pour les organisations syndicales, le 1er mai a cependant toujours un sens de revendication sociale et demeure une journée de manifestation. Elle est néanmoins disputée par d'autres forces. Sur la période récente, le 1er mai a été politisé - au sens politicien du terme - par ceux qui ne sont pas dépositaires de sa tradition. Une tendance accentuée par le fait que cette date tombe entre les deux tours de l'élection présidentielle.

 

A partir de 1988, après les 15% de Jean-Marie Le Pen au premier tour de la présidentielle, le Front national décide d'organiser un rassemblement  le 1er mai, - oubliant au passage que la fête de Jeanne d'Arc, qui correspond à la libération d'Orléans, se situe le 8 mai 1429 et non le 1er.

 

Discours de JM Le Pen le 1er mai 2005, place de l'Opéra à Paris (S. DE SAKUTIN/AFP)

Discours de JM Le Pen le 1er mai 2005, place de l'Opéra à Paris (S. DE SAKUTIN/AFP)

 

Cette année, nous assistons à un événement tout à fait inédit : l'organisation d'une forme de contre-manifestation le 1er mai par un représentant en exercice du pouvoir, qui plus est membre de la droite républicaine.

 

Il s'agit-là d'une instrumentalisation très pernicieuse de cette journée du 1er mai.

 On peut noter d'une part l'utilisation rocambolesque de l'expression "vrai travail" et d'autre part le symbole que représente ce contre-rassemblement à l'égard des syndicats, déjà violemment attaqués par Nicolas Sarkozy - comme l'ensemble des corps intermédiaires - lors de sa campagne. On sait bien qu'une partie de l'électorat FN est très sensible au discours anti-syndicats.

 

Ces deux éléments, qui vont se prolonger mardi sous la forme d'une contre-manifestation, forment un précédent assez illustratif d'une forme de glissement du champ démocratique et politique en France.

 Le Nouvel Obs.fr

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