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Blog de la section PS Anzin

Nicolas Sarkozy a six mois pour choisir

27 Février 2013 , Rédigé par José Pressoir Publié dans #Analyse

Jean Marie Colombani 

Nicolas Sarkozy a six mois pour choisir

Jean Marie Colombani avec slate

Les difficultés de Nicolas Sarkozy s’incarnent dans deux personnes: François Fillon et Dominique de Villepin. François Fillon, a dû faire hier, et c’est rare, une mise au point solennelle. Avec le premier, le problème n’est pas celui de la loyauté du Premier ministre. Personne ne la conteste. Le problème est que, quelle que soit la bonne volonté des uns et des autres, la mécanique institutionnelle sous la Ve République crée le problème. C’est d’ailleurs, sans doute, un des couples exécutifs qui fonctionne le mieux. Et si on regarde les différends politiques qu’ils ont eus, à ma connaissance, il y en eu vraisemblablement un seul, sur l’Otan et la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’alliance. Nicolas Sarkozy avait pris le temps de convaincre son Premier ministre.

 

Le couple fonctionne plutôt bien, même si on dira évidemment que c’est aux dépens de la fonction de Premier ministre. Même si François Fillon a toujours réussi à s’identifier. Et le problème était d’ailleurs posé d’entrée de jeu puisque le chef de l’Etat avait dit «c’est mon collaborateur». François Fillon, qui avait aussitôt protesté («mais non, je suis un élu»), a su «réidentifier» cet élu. Aujourd’hui, on est devant un cas de figure totalement inédit, parce que, en effet, aux yeux des Français, il y a un Président affaibli et un Premier ministre renforcé ou un Premier ministre fort. A qui on reconnaît des qualités - sérieux, rigueur, etc., tout ce qu’on voudra — que l’on reproche à Nicolas Sarkozy de ne pas avoir. C’est ça, la vraie difficulté du couple exécutif aujourd’hui.

A qui se pose une vraie question politique : le chef de l’Etat peut-il se défaire de son premier ministre. Le gouvernement, tel qu’il été à peine aménagé, a six mois devant lui. C’est un mandat très court, avec une feuille de route courte. Dans les six mois, les décisions doivent être prises sur les retraites, confiées à Eric Woerth. Qui part placé, en quelque sorte, pour dans six mois, un changement de gouvernement et de Premier ministre. En fait, Nicolas Sarkozy est devant un risque contradictoire, deux risques qui s’entrechoquent l’un, l’autre.

Le premier, c’est de ne rien faire, parce qu’il peut craindre à ce moment-là d’être placé dans la situation de Giscard en 1981, qui avait gardé Raymond Barre jusqu’au bout et qui, in fine, avait été battu. Parce que Nicolas Sarkozy aujourd’hui, il faut toujours le rappeler, n’a pas, pour se refaire, une cohabitation devant lui. Et donc, évidemment, il va être, là, avec son bilan et peut-être le même Premier ministre.

Le risque inverse, c’est le cas de figure Mitterrand-Rocard. Mitterrand avait pris ombrage d’un Premier ministre devenu trop populaire à ses yeux. Il s’en était privé, tout en le privant de la qualification pour la présidentielle. Mais cela avait été vu par les Français comme le fait du Prince. Et le fait du Prince, les Français détestent; ils ont détesté et ils ont durement sanctionné les socialistes. Donc, la décision est de toute façon une décision à haut risque. .

Troisième difficulté pour le chef de l’Etat, Dominique de Villepin en route pour la présidentielle. C’est évidemment un vrai danger pour la droite, pour l’UMP, pour Nicolas Sarkozy. Si on applique à Dominique de Villepin le même traitement ou le même tarif que la majorité actuelle a appliqué à Martine Aubry («la dame des 35 heures»), alors il faut dire de Villepin que c’est le «monsieur dissolution de 97» ou «le monsieur CPE» de quand il était Premier ministre. Ce qui devrait lui interdire d’une certaine façon de faire la leçon, sauf à considérer que, en politique, en France, les échecs peuvent vous qualifier pour la présidentielle.

Donc, Villepin a le choix entre deux schémas: soit, être le Chirac de 1981, celui qui avait la courte échelle à François Mitterrand pour faire battre Giscard. Soit d’être le Chevènement de Nicolas Sarkozy, ce que Chevènement a été pour Lionel Jospin en 2002. Dans tous les cas de figure, c’est une défaite assurée parce qu’il peut capter un nombre suffisant de voix et les distraire de son propre camp. Le seul antidote à Dominique de Villepin, ce serait — et évidemment un certain nombre de gens à l’UMP en rêvent — une candidature dissidente au PS, celle de Ségolène Royal, par exemple, mais je doute qu’elle fasse ce cadeau à la majorité actuelle.

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