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Blog de la section PS Anzin

Sarkozy a-t-il déjà perdu?

24 Janvier 2012 , Rédigé par José Pressoir Publié dans #Présidentielle 2012

Sarkozy a-t-il déjà perdu?

 

23 janvier 2012 | Par Marine Turchi - Mediapart.fr

Dans l'état actuel du pays, Sarkozy n'a-t-il pas déjà perdu ? A droite, certains avaient déjà

posé la question de sa candidature à l'automne, ponctuant, comme Alain Juppé ou

Jean-Pierre Raffarin, leur propos de

«s'il est candidat».

Désormais, d'autres font part de leur

inquiétude, jusqu'ici exprimée en privé. Le collaborateur d'un ministre, dans

Le Figaro :

«On

commence à se dire qu'on peut vraiment perdre.»

Un ministre, dans le Journal du Dimanche

:

«S’il ne remonte pas dans les quinze jours, c’est fini.»

Un ami du chef de l'Etat :

«J’ai vu pour

la première fois une lueur d’inquiétude dans ses yeux.»

Elus et militants, eux, ont du mal à y

croire depuis la rentrée de septembre (lire notre série de reportages).

Jusqu'à présent, les médias prenaient des pincettes pour le dire (lire la chronique de Daniel

Schneidermann). Mais ce lundi, on commence à lire ici et là, sous la plume de ceux qui

encensaient encore il y a peu le président, que la droite est déboussolée. Combien de fois

Jean-François Copé a-t-il annoncé

«une nouvelle phase», «le signal de la reconquête»,

«le

temps des explications»

, «bilan contre bilan», «projet contre projet»

(lire nos articles ici et là)

? Combien de fois l'Elysée a-t-il promis une

«accélération», une «semaine cruciale»

avant la

«campagne éclair»

et la stratégie dite de la «cible mouvante» ? A force d'annoncer

«le

moment venu»

, celui-ci ne vient pas.

L’UMP a beau mobiliser ses deux

«cellules ripostes»

, dégainer des communiqués par lots de

dix à chaque annonce de François Hollande, diffuser le

«vrai programme»

du PS pendant

son discours du Bourget, faire le tour des médias pour dénoncer, tour à tour,

«le candidat

mou»

, celui «du système», celui «des années 1970-80»

: rien n'y fait.

Pendant la primaire socialiste, le parti

présidentiel était inaudible. Après le discours

du Bourget, il est carrément plombé. Le

meeting du 22 janvier marque un tournant

dans la campagne (lire notre reportage).

Comme celui de Nicolas Sarkozy, le 14 janvier

2007, fut un coup de massue pour les

socialistes. A l'époque, le candidat UMP avait

balayé Ségolène Royal avec un show à

l'américaine (vidéo ci-contre) et une

démonstration d'unité de

 

 

 

Cinq ans plus tard, au tour des ténors de l’UMP

d'être assommés. Dimanche soir, ils ne se sont

pas précipités pour réagir dans les médias. C'est

Marine Le Pen qui tenait l'antenne pour dénoncer

un «pâle mime de François Mitterrand».  

Mais

difficile d'être en campagne sans candidat.

Surtout quand ledit candidat offre en Guyane

l'image d'un président à la dérive. Naviguant

lentement dans une pirogue avec Claude Guéant.

Présentant ses voeux à 1 500 personnes à

Cayenne pendant que son adversaire socialiste

déroulait ses propositions devant plus de 15 000

 

Sarkozy a-t-il déjà perdu? http://www.mediapart.fr/print/170704

1 sur 4 23/01/2012 23:16

personnes.

Nicolas Sarkozy a moqué – devant ses proches – le

 

«manque d'idées» de son rival et ses

revirements programmatiques.

«Nous en sommes à la cinquième relance de sa candidature»,

a-t-il ironisé. Oubliant que la sienne, malgré son marathon des voeux et 23 discours en

janvier, ne décolle pas. Son ennemi Villepin se frotte les mains :

«Nicolas Sarkozy attend de

remonter dans les sondages pour se déclarer. Le problème, c’est qu’il risque de ne jamais

remonter.»

Alors l'UMP panique.

Il est un indicateur qui ne trompe pas : l'épanchement de fidèles députés dans

Le Figaro. «Il

faut que Sarkozy se lance. Il faut qu'il annonce sa candidature dans les quinze premiers jours

de février. Il faut y aller ! Les gens ont l'impression que tous les candidats battent la

campagne, sauf lui»

, s'agace le député Damien Meslot, proche de Xavier Bertrand. Jacques

Domergue, député de l'Hérault :

«Le président agit sur tous les fronts mais les sondages ne

décollent pas. La méfiance des Français à son endroit perdure. L'entrée en campagne pourra

peut-être susciter un électrochoc...»

 

 

«Si j'échoue, il faut en tirer les conséquences»

Autre baromètre, les interventions de pointures

de l'UMP dans les matinales, lundi. Sur France

Inter, le conseiller spécial de Sarkozy, Henri

Guaino, est apparu presque résigné :

«On

n'est pas beaucoup aidé dans les médias, mais

tant pis on va essayer de se battre quand

même dans une hostilité générale.»

 

 

Alors que ministres et dirigeants de l'UMP

répètent depuis des mois que François

Hollande n'a

 

«pas la carrure» , lui admet :

«Il a

fait la preuve qu’il pouvait être candidat, qu’il

avait la stature, qu’il était prêt au combat.» «Je

ne le sous-estime pas, il a des qualités, il est tenace, il a de l’expérience, en tout cas

politique»

 

 

, dit-il encore plus tard, tout en affirmant que le socialiste n'est pas

«un président

de la République»

 

 

.

Pendant ce temps-là, sur France Info, Bruno Le Maire, chargé du projet présidentiel à l'UMP,

reconnaissait des

 

«échecs»  dans le quinquennat, confirmant ce qu'il avait dit à

Libération 

(vidéo ici)

 

.  Sur RTL, Jean-François Copé peinait à aligner les arguments :

«Hollande, c'est le

père Noël toute l'année»

 

 

, «sur tous les registres, il nous fait le cadeau de Noël» 

.

En panne d'idées, le parti présidentiel tente d'utiliser les mêmes techniques qu'en 2007.

Fustiger

 

«l'héritier d’une gauche soixante-huitarde».  Prétendre incarner

«le parti des idées

nouvelles»

 

 

face à un «parti des idées datées».  Dénoncer «le candidat du système»  

et

présenter Sarkozy comme le

 

«challenger»  (dixit Brice Hortefeux au Figaro 

, en octobre) qui

peut réaliser la

 

«vraie rupture»  (Henri Guaino). Appliquer la tactique de la

«triangulation» 

(qui consiste à piquer au camp adverse certaines idées pour l'asphyxier), par exemple sur la

taxe Tobin ou le projet d'union civile pour les homosexuels. Construire sa France virtuelle

dans un vaste storytelling imaginé par l'Elysée.

Mais comment Nicolas Sarkozy pourrait-il, après cinq ans à l'Elysée et 17 ans de droite au

pouvoir, rejouer la

 

«rupture»  

de 2007 ? Le président est rattrapé par la réalité, d'abord

économique (lire notre analyse). Il n'échappera pas à l'examen de son bilan. Et cela a déjà

commencé. Sa promesse de réduire le chômage à 5 % est remontée à la surface dans cette

vidéo virale (ci-contre).

 

«Si j'échoue, je le dis aux Français, il faut en tirer les conséquences» 

 

 

avait-il promis en 2007. Aujourd'hui, le

chômage atteint 9,3 %. Et les rapports de

l'Insee, comme celui du 30 août, dressent un

constat limpide : les riches sont de plus en

plus nombreux et de plus en plus riches, les

pauvres de plus en plus nombreux et de plus

en plus pauvres.

Lorsque Hollande promet de s'attaquer au

«monde de la finance»

, comment l'UMP

pourrait-elle être crédible en répliquant que le

président a entrepris une

«réforme du

capitalisme financier» «incontestable»

?

Evoquée dans son discours d'Agen en 2006 et promise dans son discours de Toulon en

2008 (puis son remake en 2011), cette

«moralisation du capitalisme»

n'a été qu'un

ressassement de mesures qu'il n'a pas menées à leur terme

 

Sur France Inter, Henri Guaino semblait embarrassé :

«Les bonus sont encadrés, pas assez,

j’en conviens, mais nous n’allons pas changer le monde à nous tous seuls»

;

«Qu’il faille aller

plus loin encore dans les exigences qu’on a vis-à-vis des places financières, c’est vrai»

.

«Il

n’y a pas de raison d’être satisfait ni auto-satisfait, la crise, elle est là. Qui pouvait penser

qu’on allait en escamoter les conséquences ?»

, a dit le conseiller élyséen.

Autre exemple, le logement. Les promesses de François Hollande dimanche ont rappelé que

Nicolas Sarkozy n'a pas tenu les siennes.

«Depuis des années, on vous dit qu’on ne peut rien

contre la crise du logement, et on laisse s’aggraver une pénurie qui a rendu la propriété

impossible pour beaucoup d’entre vous et la location de plus en plus difficile. Cette situation

ne peut pas durer»

, avait écrit le candidat UMP dans son projet de 2007.

«Il a traité la

question des logements, il a construit. (...) Mais ça ne se résout pas du jour au lendemain. Il

faut du temps»

, a répondu Bruno Le Maire.

Les fondamentaux du sarkozysme se sont effondrés

«Sarkozy peut-il être réélu ?»

, s'interrogeait en décembre, Gérard Grunberg, directeur de

recherche au CNRS. Ce spécialiste de la sociologie électorale détaillait les trois

«handicaps»

du Président :

«l’exercice du pouvoir en temps de crise économique»,

«la déception des

électeurs»

par rapport aux «réels espoirs

» suscités (notamment en matière de pouvoir

d'achat et d'emploi), et sa

«personne même» (il

«n’a pas incarné la présidence de la

République de la manière que souhaitaient les Français»

). Pour le chercheur,

«le président

sortant sera pénalisé pour ne pas avoir tenu ses promesses»

. A cela s'ajoute, selon lui,

l'

«isolement dangereux de son parti»

, qui ne pourra pas compter sur des reports de voix

massifs du MoDem et surtout du FN.

Si le chef de l'Etat aura du mal à l'emporter, c'est aussi parce qu'il ne reste plus

grand-chose des trois ingrédients de sa victoire de 2007. Son équipe, d'abord. La majorité de

2012 est bien loin du grand parti unique de 2007. Nicolas Sarkozy a perdu une partie de son

cabinet de 2007 et notamment sa «boîte à idées», Emmanuelle Mignon. La

«firme»

– surnom de sa garde rapprochée – a volé en éclats. Parmi les cinq Sarkoboys

historiques (son lieutenant Brice Hortefeux, son conseiller Pierre Charon, son porte-flingue

Frédéric Lefebvre, son Monsieur communication Franck Louvrier, et son directeur de

campagne adjoint, Laurent Solly), seul Louvrier est encore au coeur du dispositif. Lefebvre

est devenu secrétaire d'Etat, Solly est parti à TF1, Charon a été écarté. Même Brice

Hortefeux, l'ami de 34 ans, a rejoint la longue cohorte des sarkozystes qui ont dû quitter le

gouvernement : Roger Karoutchi, Yves Jégo, Alain Joyandet, Christian Estrosi, Patrick 

Devedjian. L’affaire Takieddine l’a remisé dans l'arrière-boutique.

Et puis il y a ces fidèles négligés, écartés, ou malmenés, qui sont entrés en dissidence :

Rama Yade, Rachida Dati, Jean-Louis Borloo, Patrick Devedjian. Quant aux quadras de

l'UMP, les François Baroin, Luc Chatel, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Valérie

Pécresse, Laurent Wauquiez, ils misent surtout sur 2017.

La bataille des idées ensuite. Entre 2004 et 2007, Nicolas Sarkozy avait mis sur pied une

véritable fabrique à idées pour bâtir son

projet pour la France d'après» sous la houlette de la directrice des études de l'UMP, Emmanuelle Mignon. Au sommet de la pyramide, unequinzaine de ses proches synthétisaient les 200 propositions en 30 mesures phare. Le tout

piloté par François Fillon. Cinq ans après, la besace à idées est vide (lire notre décryptage

du projet UMP). Aucun thème de campagne n’a émergé. Il n'y a pas de successeur désigné

à Emmanuelle Mignon. Et Fillon a été réduit par Sarkozy à un simple

 

«collaborateur»

 

transparent à Matignon.

 

«machine à gagner»

dont rêvait la droite. En 2012, le mouvement est en miettes, malgré les tentatives pour

contenir à l'intérieur les différentes chapelles. Le bulldozer UMP est sclérosé, les fédérations

endormies et le nombre de militants a fondu (obligeant l'UMP à

«maquiller»

l'hémorragie).

Les démarches de Jean-Louis Borloo, d'Hervé Morin et de Dominique de Villepin, même si

elles n’aboutissent pas, ont montré que Nicolas Sarkozy ne pouvait plus incarner à lui seul

tout le spectre politique de la droite et du centre.

A ce versant politique s'ajoute un versant judiciaire. Le chef de l'Etat est cerné par l'affaire

Karachi/Takieddine et plusieurs de ses proches font face à des démêlés avec la justice. Quel

président a connu une telle combinaison de facteurs politiques négatifs et de dangers

judiciaires ?

Il reste 90 jours au président-candidat pour susciter l'engouement. Un défi face auquel

Giscard d'Estaing (en 1981) et Balladur (en 1995) ont échoué. Le chef de l'Etat lui-même le

reconnaissait, le 27 octobre, lors de son intervention télévisée :

«Tous les candidats du

système, y compris lorsque je les ai soutenus, ont été battus. Tous.»

 

 

http://www.mediapart.fr/journal/france/230112/sarkozy-t-il-deja-perdu

 

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